
La maison de l’Aubespin : un projet novateur d’habitat inclusif en Haute-Vienne
La maison de l’Aubespin est un projet d’habitat inclusif porté par Catherine LUCIANAZ (responsable projet) et Véronique BETOULE (association Autisme 87), toutes les deux parents de jeunes adultes autistes.
Soutenu par l’APAJH87 et l’association Autisme 87, ce futur lieu a pour but de :
‘‘Vivre chez soi sans être seul, dans des logements ordinaires aménagés à cette fin, regroupés en unités de petite taille, […], sécurisés en services, et ouverts sur l’extérieur”. (Extraits du rapport : “Demain, je pourrai choisir d’habiter avec vous”. Denis Piveteau – Jacques Wolfrom, juin 2020).
Défini par les pouvoirs publics comme un projet de société, cette nouvelle forme d’habitat répond à un manque et aux besoins des personnes TSA et leurs proches.
Le CRA Limousin a rencontré les personnes à l’origine de ce projet pour l’autisme, le premier sur notre territoire.
Nous avons voulu comprendre quelles étaient leurs motivations et quels étaient les contours et les différentes étapes, en cours, pour l’aboutissement et l’ouverture de ce futur habitat.
Combler un manque
Nous sommes, nous-mêmes, parents de jeunes adultes autistes. Lorsque nos fils ont commencé à vivre seuls en appartement, nous avons vu les difficultés auxquelles ils devaient faire face (repli sur soi, harcèlement, menaces, souffrance…). Cette première expérience les a finalement plus isolés.
Nous nous sommes dit qu’il devait bien exister des solutions d’aide et d’habitat intermédiaire. Nous avons découvert, dans d’autres régions, des projets “d’habitat inclusif”. Pendant un temps, nous avons songé à déménager puis nous avons souhaité en créer un pour pallier le manque sur notre territoire.
L’APAJH87 nous a alors mis en relation et nous a aidé à formaliser notre idée avec la création d’un cahier des charges. Nous savions que nous n’étions pas les seuls parents à être confrontés à ces questions.
Nos enfants ne relèvent pas du cadre proposé par une institution ou une structure d’hébergement mais, en même temps, ils ne sont pas suffisamment autonomes pour avoir une vraie vie en parfaite autonomie. L’habitat inclusif se révèle être un excellent compromis : avoir une vie comme tout un chacun avec des points renforcés comme la sécurité et des espaces communs pour des animations partagées dans un environnement bienveillant.
Le passage à la vie adulte
Il n’y a pas de sélection pour notre projet mais, naturellement, le profil des personnes intéressées correspond plus à celui de jeunes adultes.
La maison Aubespin se proposera d’accueillir aussi bien des hommes que des femmes, seuls ou en couple, mais avec une autonomie relativement acquise. Il existe d’autres projets d’habitat inclusif, notamment dans le Sud de la France, pour d’autres profils.
Pour notre futur habitat, nous demandons que certains aspects soient déjà travaillés : ceux d’un point de vue matériel (entretien du linge, ménage, cuisine…) et ceux d’un point de vue plus psychologique, comme appréhender certaines angoisses liées à la solitude dans un appartement.
Les espaces collectifs qui seront mis à disposition doivent, par leur simple présence, aider à faire sentir aux locataires, qu’en cas de difficultés, ils ne sont pas complétement isolés.
L’habitat inclusif n’a pas vocation à se substituer aux autres accompagnements. Les personnes continueront à bénéficier de services déjà présents dans leur quotidien, comme un SAMSAH, un SAVS, ou d’autres services à domicile.
La PCH (Prestation de Compensation du Handicap) de chaque résident pourra éventuellement être mise en commun pour le financement d’autres prestations à domicile.
Un animateur sera également présent. Il donnera vie aux espaces communs mais il n’interviendra pas dans les logements pour, par exemple, préparer un repas.
A l’intérieur de chaque logement, chacun organise sa vie en fonction de ses besoins et envies.
Un projet d’accès aux droits qui s’inscrit dans la durée
Pour que ce projet puisse voir le jour, nous devons prendre en compte les ressources financières de ses futurs bénéficiaires. Leur principal revenu reste l’AAH (Allocation Adultes Handicapés).
Par conséquent, le prix des loyers doit être adapté à leurs possibilités. La plupart d’entre eux pourront également bénéficier des APL (Aides Personnelles au Logement). Idéalement, il nous faudrait trouver des logements de type T2 avec un loyer d’environ 400€.
Pour arriver à ce constat, nous avons fait différentes études et projections. Nous avons établi un cahier des charges qui s’appuie sur les demandes et retours exprimés par les personnes elles-mêmes. Nous voulons que ce projet soit réaliste et viable sur le long terme.
Ce n’est pas parce qu’il s’agit de personnes autistes, qu’elles n’ont pas le droit à un certain confort et à un accès à des services leur garantissant un minimum de qualité de vie. Nous avons une certaine exigence qui nous semble juste et légitime. Ce n’est pas parce que c’est un public dit “fragile” qu’il n’a pas les mêmes droits que les autres.
Nous sommes conscients que la création de cet habitat va prendre du temps. Nous savons que la moyenne, en général, pour ce type de projet est d’environ 6 ans jusqu’à l’ouverture effective. Cela demande de la technicité et un vaste réseau de connaissances. Depuis le début, nous avons un noyau de quelques personnes intéressées avec lesquelles nous travaillons depuis déjà 4 ans.
La recherche de locaux adaptés
C’est une priorité axée autour de quelques points fondamentaux :
- des besoins premiers en termes de sécurité avec un emplacement dans un quartier calme,
- un accès aux transports en commun facilité,
- et la présence de commerces de proximité.
Nous cherchons prioritairement des logements dans l’agglomération de Limoges mais la première couronne peut aussi nous intéresser.
Nous avons aussi des points de vigilance quant à l’intérieur des logements :
- le besoin d’avoir une chambre séparée donc un appartement de type T2 et non un simple studio,
- le calme, l’isolation phonique et une vigilance accrue sur les aspects sensoriels,
- la possibilité également d’avoir un voisinage bienveillant et compréhensif.
Avec le soutien de l’APAJH, nous nous sommes rapprochés des bailleurs sociaux pour bénéficier d’un système d’intermédiation locative qui est le modèle le plus approprié au principe de l’habitat inclusif. Nous avons eu des propositions qui n’ont pas abouti.
Nous allons rencontrer d’autres partenaires potentiels : les différentes collectivités territoriales (municipalités, métropole, département), les fondations… C’est en mobilisant le plus possible que nous y arriverons.
Nous sentons qu’actuellement les choses bougent, ce qui n’a pas toujours été le cas. Nous avons l’impression qu’elles vont s’accélérer. Nous échangeons avec d’autres habitats inclusifs pour des retours d’expériences. Nous rencontrons des personnes attentives et motivées. Nous sommes optimistes et avons beaucoup d’idées pour la suite. Le point principal reste de trouver les locaux.
Préparer l’avenir
La hausse importante du nombre de diagnostics et le manque de places, toujours plus limitées et saturées, dans les établissements médico-sociaux nous interrogent quant au devenir de ces jeunes adultes. Beaucoup n’ont pas de solutions ou se retrouvent dans des services qui ne leur correspondent pas. Certains sont hospitalisés ou d’autres résident encore chez leurs parents. Pourtant, nous ne serons pas éternels. Nous avons simplement envie de leur assurer un chez eux et une certaine stabilité. Eux-mêmes commencent à s’interroger sur leur avenir sans nous.
Il ne faut pas non plus oublier que nos enfants évoluent. Il y a quelques années, nous n’aurions jamais pensé qu’ils pourraient vivre en appartement.
Si l’on part du principe qu’ils ne sont pas capables alors on ne fait rien pour qu’ils le soient. Il y a toujours des possibilités d’évoluer et de progresser.
Notre projet, c’est aussi un espoir partagé que nous souhaitons faire connaître et essaimer.
L’habitat inclusif répond complètement au principe d’autodétermination. Les personnes autistes doivent faire face au regard des autres qui les renvoient souvent à leur différence. Dans une journée, elles sont confrontées à cette vision un nombre incalculable de fois.
Si, déjà, elles peuvent avoir un logement comme les autres, elles se sentiront mieux acceptées et moins stigmatisées.
En savoir plus sur la maison de l’Aubespin
Vous, ou l’un de vos proches, êtes intéressé(e) par ce projet ?
Renseignez-vous et contactez :
Catherine Lucianaz (responsable projet) : 06 35 47 57 71 / catherine.lucianaz@orange.fr
Véronique Betoule (Association Autisme 87) : 06 33 10 04 95
Télécharger la plaquette d’information de la Maison Aubespin
En savoir plus sur l’habitat inclusif
Consulter le panorama de presse dédié à ce sujet :
https://www.scoop.it/topic/autisme-by-cra-limousin?q=habitat%20inclusif
Un exemple d’habitat inclusif – présentation du dispositif DALIAA
