
Présentation de l’émission : “Impérieuse Ipséité”
Depuis un an, l’émission “Impérieuse Ipséité”, sur la radio Beaub’FM, donne la parole aux femmes autistes.
Ce projet mené par Emilie Langlais et Louise Mazeau, mère et fille, “naît d’une nécessité” (sic.) : celle d’offrir un endroit précieux de liberté pour les femmes autistes.
Au rythme d’un épisode par mois, différentes femmes viennent témoigner et échanger. Elles sont invitées à dire leur vérité.
Petit à petit, des sujets et des thèmes communs émergent à travers les interviews de Louise. Les textes et recherches menés par Émilie apportent de la profondeur et une touche de poésie.
Le CRA Limousin a voulu en savoir plus sur cette émission et sur l’énergie qui s’en dégage.
Quel sens donner au titre de cette émission ? Quelles personnes sont interviewées, et pourquoi vouloir impérativement leur donner la parole ? Que nous apportent leurs voix ?
Grâce à leur complicité, leur humour et leur joie de vivre, Emilie et Louise réussissent à faire émerger une véritable communauté d’entraide et de solidarité envers les femmes autistes.
Les propos, ci-dessous, sont ceux tenus par Emilie Mazeau et Louise Langlais. Ils ont fait l’objet d’ajustements mineurs pour une meilleure lisibilité écrite.
Impérieuse ipséité ou la nécessité d’affirmer une identité propre
Ce titre, un peu technique, peut donner l’impression que notre podcast est peu accessible, voire trop intellectuel.
Pour ne laisser personne dans l’embarras, nous redonnons la définition dans le jingle de lancement de chaque épisode.
Les mots ont une grande importance et, de manière succulente, nous aimons jouer avec.
“Impérieuse ipséité”, pour nous, c’est une urgence, un empressement à dire sa singularité et partager l’expérience que l’on a de soi-même.
Nous essayons d’apporter une approche pédagogique, notamment dans le premier épisode, en expliquant certains termes et concepts liés, en grande partie, à la neurobiologie et l’autisme. Après le diagnostic, nous avons toutes les deux été dans une quête importante de savoir et de compréhension.
D’où viennent nos particularités, quelles en sont les explications, les recherches en cours… ?
Quand on a les explications de ce qui se passe dans notre cerveau, il est sans doute plus facile d’accepter nos symptômes.
Les femmes que nous interviewons ont souvent eu cette petite intuition. Sans doute, si elles avaient été mieux informées et écoutées, elles auraient eu moins de périodes de crise.
Se reconnecter à la joie d’être autiste
C’est l’un des enjeux de notre podcast.
Malgré nos difficultés, nous, les femmes autistes, gardons la capacité de nous émerveiller, de créer, de sublimer… Et ce podcast sert à cela : faire du bien.
Avant l’interview, les femmes que nous recevons sont très stressées mais toutes, à la fin, ont aimé l’exercice.
Leurs retours sont plus que positifs, salvateurs même. Ils aident à l’acceptation post-diagnostic.
L’émission permet de dire des choses qui n’avaient pas pu être exprimées, y compris à ses proches. Elle offre la possibilité d’intégrer une nouvelle communauté.
Elle permet d’être comprise dans son entièreté, pas uniquement à travers le seul prisme de l’autisme, mais, de manière plus globale, en tant que femme dans notre société.
Parler d’autisme au féminin est moins un choix de parler contre les hommes que d’affirmer les particularités liées à la place des femmes.
Nous ne sommes pas dans une démarche orgueilleuse visant à sauver les femmes autistes, ni à nous substituer à un processus de diagnostic. Nous souhaitons simplement partager et transmettre les quelques informations que nous avons pu collecter. Finalement, pour nous, chaque épisode est un apprentissage qui nous enthousiasme énormément.
Le podcast : un support adéquat
Nous avons écouté beaucoup de podcasts et maintenant c’est nous qui en faisons.
Ce support nous permet de toucher un grand nombre de personnes. La parole collectée peut aider à se retrouver ou à se révéler. Grâce à elle, petit à petit, se forme une chaîne d’entraide et de solidarité.
Notre soutien passe par l’attention et l’écoute, y compris dans la rage et la colère, au sein d’un lieu sécure qui se matérialise avec notre émission.
Nous recevons beaucoup de messages qui sont d’autant plus précieux que nous savons les efforts qu’ils représentent pour les rédiger. Ce sont souvent de longs messages qui semblent importants et nous nous efforçons d’y répondre. Nous sommes toujours agréablement surprises de toucher des gens que nous ne connaissons pas.
Pour ces podcasts, nous essayons de ne pas nous mettre trop de pression. Cette émission ne doit pas devenir une obsession, ni perturber le plaisir que nous avons de la réaliser.
Sa préparation s’intègre naturellement dans nos existences, car elle rejoint nos centres d’intérêts.
Ce rendez-vous est l’occasion pour nous deux de nous voir. Il doit rester un moment joyeux. Nous nous auto-sollicitons et nous stimulons mutuellement en évoquant des sujets possibles.
Au début, nous avions en tête deux ou trois personnes à inviter, mais à présent nous interviewons principalement des femmes que nous ne connaissons pas. Il n’y a cependant pas de sélection. Nous sommes très tolérantes. Cette absence de pression, nous essayons également de la transmettre aux participantes. Certaines d’entre elles peuvent décliner l’entretien aux derniers moments. Dans ce cas, ce n’est pas grave. Les raisons leur sont propres, et pour nous elles sont valables en soi.
Un partenaire fiable : la radio Beaub’FM
Par l’intermédiaire d’une de nos connaissances, nous avons été mises en contact avec la radio Beaub’FM. Le personnel nous a immédiatement et pleinement soutenues. Ils nous ont appris à faire les montages techniques, les singles…
Le studio est à notre disposition. Ils nous font confiance. Quand nous arrivons tout est calme et adapté.
On ne peut même pas parler d’inclusion au sein de cette radio car le personnel la pratique naturellement. Ils sont dans une écoute constante et nous laisse une très grande liberté d’action. C’est aussi grâce à leur collaboration et à leur professionnalisme que cette émission est possible.
Beaub’FM, en tant qu’hébergeur et diffuseur, protège nos droits d’auteurs.
Cette radio nous offre de plus grandes garanties morales et juridiques que d’autres sites d’écoute. Pour des raisons techniques et éthiques, nous diffuserons, sans doute, dans quelque temps, notre podcast exclusivement sur cette radio.
Un lien profond de filiation et de transmission
Indirectement, ce podcast peut aussi donner une bonne idée de ce que c’est que d’être un parent autiste. La parentalité est une relation privilégiée qui doit s’exercer sans rapport de domination, ni de pouvoir. Il faut savoir rester à l’écoute, ce que font très bien, je pense, les personnes autistes.
Avec Louise et son frère Adrien (invité du deuxième podcast), nous formons un groupe très soudé où chacun apporte des choses. Les propositions ne vont pas que dans un seul sens. Je trouve que ce fonctionnement est très autistique.
Nos échanges sont avant tout ceux d’adultes entre eux. Nous partageons des émotions et des informations sans que les rôles de chacun soient attribués et figés.
Nous allons à présent tester un nouveau lien, celui de la grand-parentalité qui va faire partie de la suite de notre aventure et permettre de voir comment cette transmission va évoluer.
Des projets et des idées
Pour compléter notre action, nous allons encore travailler notre communication, proposer des “lives” sur les réseaux sociaux.
Nous aimerions interviewer Lucie WETCHOKO, une médecin installée en Belgique, chercheuse et également personne concernée par ces enjeux.
Depuis quelques temps déjà, nous envisageons de créer une association et de mettre en place une cagnotte permanente.
Nous souhaitons organiser des rencontres, que nous appelons des “conciles”, en invitant des femmes ayant déjà participé à l’émission ou d’autres qui étaient prêtes à le faire, mais pas seules. Les rencontres seraient organisées autour d’une thématique (comme la sexualité par exemple) pour en parler toutes ensemble. Ces échanges pourraient se tenir dans des lieux adaptés à nos particularités et ouverts au grand public : bibliothèque de Limoges ou le café “Dégourdis”.
Un livre est également en cours d’écriture. Il exige d’importants efforts d’introspection.
Pour nous, il est essentiel de situer nos propos qu’ils soient écrits ou oraux : savoir d’où nous parlons et si cela fait échos à certains.
Les textes que nous présentons en début de chaque épisode sont globalement très bien perçus par nos auditrices.
Notre force dans cette communauté réside dans la possibilité de nous parler entre nous, de partager ce qui nous touche et nous concerne.
On pense souvent, à tort, que les personnes autistes ne sont pas des êtres sociaux. Pourtant, c’est tout le contraire. C’est juste que nous avons besoin d’exigence dans le rapport à l’autre.
Impérieuse Ipséité
Podcasts disponibles sur la radio Beaub’FM : https://beaubfm.org/contenu_benevoles/imperieuse-ipseite/
Également disponible sur la plateforme Spotify : https://open.spotify.com/show/2mrwikhcKBDHLNurpxnx8d
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