Interview de Laëtitia CARTON réalisatrice du film « J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd »
Rencontre avec Laëtitia CARTON
- Temps de lecture estimé : 8 min
Dans le cadre de la journée mondiale de l'autisme, le mardi 2 avril à Limoges aura lieu au cinéma "Le Lido" la projection du film documentaire « J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd » en présence de sa réalisatrice Laetitia CARTON.
La séance prévue à 18h30 sera suivie d'un échange avec le public.
Pour participer à cet événement gratuit, il est indispensable de s'inscrire (jusqu'au mercredi 27 mars) : https://my.weezevent.com/javancerai-vers-toi-avec-les-yeux-dun-sourd-laetitia-carton
Avant cette diffusion, le CRA Limousin a voulu recueillir la parole de Laetitia CARTON. En tant que réalisatrice et en tant que personne autiste, nous avons voulu connaître son regard sur l'univers de la création. Nous la remercions très chaleureusement pour sa disponibilité et pour le temps qu'elle a bien voulu nous accorder.
Votre documentaire présenté le 2 avril s'intéresse à l'univers des sourds. Quels sont les liens entre ce monde et celui des autistes ?
Le tournage de ce film a été long. Il a duré dix ans de 2006 à 2016.
Je me suis intéressée au monde des sourds pour montrer qu'il ne s'agit pas d'un handicap en référence à une norme. Les sourds disposent d'une culture à part entière avec une langue qui leur est propre. Cette langue des signes m'a d'ailleurs toujours attirée. Je la trouve magique. Elle m'a permis de découvrir la richesse de leur culture. Comme pour l'autisme, nous sommes ici confrontés à un handicap, même si je déteste ce mot "handicap", que l'on nomme invisible. J'ai voulu faire ce film pour les entendants afin qu'ils réinterrogent leurs postures et qu'ils reconnaissent la surdité comme une véritable identité.
D'un point de vue plus personnel, j'ai également débuté ce film sans que mon fils et moi ayons été diagnostiqués autistes. Lorsque nous avons débuté les projections publiques j'ai été interpellée car il y avait toujours dans la salle des spectateurs qui me disaient :
"Dans ce que vous montrez vous pouvez remplacer le mot sourd par autiste... les problématiques sont les mêmes dans le combat et dans la lutte pour une meilleure reconnaissance de ce que nous sommes. On vit les mêmes choses".
Je n'ai pas eu ces retours avec les aveugles par exemple ou avec d'autres publics.
Puis en 2019 mon fils a été diagnostiqué autiste Asperger et c'est une bonne partie de la famille qui a suivi : moi, suspicion pour ma mère et d'autres membres de ma famille.
C'est peut-être pour toutes ces raisons que je me suis toujours intéressée à la différence, un mot qui me paraît plus représentatif et plus juste que celui de handicap. Il faut savoir que l'une des origines du mot handicap et l'une des images qui lui est associé est celle des poids portés par les chevaux lors de certaines courses. On dit qu'ils ont un handicap, un poids qui les gêne.
Enfin ce documentaire et la plongée dans ce monde des sourds c'est aussi une lettre à un ami, Vincent, qui m'était cher et qui malheureusement est décédé.
Vous parlez beaucoup de la notion de handicap et du rapport à la normalité, qu'entendez-vous par là ?
Je veux dire que c'est la situation qui créé un handicap et provoque l'inaccessibilité.
C'est d'ailleurs le message principal de mon film qui défend la volonté de mettre en place une société vraiment adaptée à tous.
En effet, pourquoi faut-il que le monde soit uniforme ? Ne sommes nous pas tous différents ? Cela fait partie de la richesse humaine. Nous sommes multiples.
Chez les autistes cette diversité existe. Pourtant nous devons constamment nous plier à beaucoup de normes. Nous devons constamment nous adapter ce qui nous coûte beaucoup de fatigue et d'énergie.
Vous êtes une réalisatrice autiste, à travers cette double identité quel regard portez vous sur la culture ?
L’art et la culture sont mes grands intérêts spécifiques. C'est fondamental pour toutes les sociétés et donne du sens à ma vie. Si je ne suis pas dans la création je meurs. Depuis toujours je ne me sens vivante et à ma place qu’à travers la création. Petite déjà j’étais constamment dans des activités manuelles: découpage, collage… J’ai ensuite été à l’école des Beaux Arts et là j’ai découvert le cinéma documentaire.
Avec le temps j’ai aussi identifié un autre de mes intérêts spécifiques, plus subtil, c’est l’intensité de la connexion à l’autre, par la transmission, et la communication. Ces deux intérêts, la création et la communication, se sont rejoints et ont pris forme à travers le désir de vouloir transmettre des idées et des messages par le cinéma. Et je préfère le documentaire à la fiction car cette manière de faire des films, avec le réel, dans la vraie vie, me permet d’aller à la rencontre du monde et de développer de nombreuses connexions avec un cadre trés précis dont je connais les règles.
Je pense qu’à travers mes films certaines personnes autistes arrivent à percevoir que je suis moi même autiste. Les éléments de mes créations, comme le son de ma voix, assez monocorde, ma sensibilité, la densité des idées que je transmets, la construction plutôt en arborescence que linéaire, ou bien le regard que je porte en sont les témoins.
Mes films me permettent de mettre en forme ma manière d'être, ma différence.
Enfant, j'ai le souvenir que tout était un choc pour moi. Je me suis construite à travers cette histoire qui se reflète dans mes productions.
Tout au long de mon parcours, j’ai eu de la chance, mes parents m’ont toujours laissé faire ce que je voulais, sans pression. J’ai pu faire des études en lien avec mes intérêts spécifiques, des études d’art. J’ai réussi à me plier au moule de la société, j’ai eu cette chance de le pouvoir, de savoir m’adapter, me sur-adapter, en permanence, mais pour cela, j’ai dû, en permanence, mettre un couvercle sur mes sensations, jusqu’à mon diagnostic à l’âge de 45 ans. Je sais que j’ai de la chance. De pouvoir vivre de mes intérêts spécifiques. Être artiste, cinéaste, reste une situation précaire, mais je ne pourrais pas faire autre chose, j’en suis incapable et heureusement j’ai l’intermittence du spectacle qui me permet de pouvoir continuer à faire ce métier.
Vous évoquez les connexions possibles à travers vos réalisations et l'importance de communiquer. Ce sont aussi des éléments très présents dans nos sociétés...
Comme tous les outils c'est la manière dont on utilise ces nouveaux moyens de communication qui est importante. Personnellement, les réseaux viennent épancher ma soif.
Internet, je l'attendais depuis toute petite pour pouvoir répondre à mes nombreuses questions. Les connexions offertes me nourrissent et me permettent de partager des informations à distance qui me fatiguent moins.
Ma vie sans internet serait plus dure même si je vois bien quelles sont les dérives possibles. L'idée de la vitesse exponentielle est à repenser. Il faudrait réintroduire un peu plus de lenteur.
Malgré ces aspects, je pense que ces nouvelles formes de communication sont des vecteurs importants de diffusion de la culture. Ils offrent la possibilité d'un immense partage de connaissances et de savoirs à distance. C'est du pain béni pour les autistes.
Pouvez-vous nous parler de vos projets actuels et de votre travail en cours ?
Mon nouveau film s’intéresse toujours à la transmission, et cette fois à la communication non violente (CNV). C’est un outil précieux pour tous et notamment pour les personnes TSA.
Cette manière de vivre ses relations permet notamment de vérifier quels sont les besoins et les émotions échangés, afin d’assurer une sécurité relationnelle. C’est aussi un outil qui m’aide personnellement dans ma vie quotidienne. J’ai cherché longtemps comment incarner la CNV dans un film et j’ai fait la rencontre d’une enseignante extra ordinaire, avec une classe de toute petite section en maternelle, qui incarne complètement le processus. C’est un film qui parlera donc encore et encore de transmission, mais aussi de l’enfance et de l’amour.

En guise de conclusion et en lien avec la journée mondiale de l'autisme, souhaitez vous dire une dernière chose ?
J’ai été marquée par les soirées entre sourds, au début où je ne connaissais pas leur langue, où seule entendante, c’était moi l’ "handicapée" au milieu d’eux. On expérimente ce que c’est de vivre dans un monde dont on a pas les codes, les règles, où l’on ne peut pas, où l'on est empêché. Auquel on n’a pas accès. Ça m’a permis de comprendre très tôt, que ce sont les situations qui créent le handicap, pas qui l’on est. De même comment réagirait une personne neurotypique si elle se trouvait seule autour de cinquante personnes TSA ? Comment s’adapterait-elle ?
L’autisme est une manière d’être et d’appréhender le monde différemment.
Cette déconstruction des idées reçues est lente mais je trouve qu’elle avance. Les mentalités petit à petit changent. Pour pleins de raisons, je n’aurai pas aimé vivre cinquante ans en arrière.
A présent par exemple, lorsque je vais au supermarché et lorsque je demande que l’on baisse la lumière ou la musique, je vois que les gens comprennent mieux mes demandes. Je n’ai pas besoin de reformuler ou d’expliquer systématiquement les choses. Il y a quelques années les réactions de mes interlocuteurs n’étaient pas les mêmes. Ça progresse.
En savoir plus
Cette soirée au cinéma "Le Lido" s'inscrit dans la thématique de l'autisme et de la culture retenue sur notre territoire pour la journée mondiale de l'autisme 2024.
Toutes les informations et le programme complet des festivités sont sur notre site : https://www.cralimousin.com/journees-mondiales-de-lautisme/
Suivez également Laëtitia CARTON à travers le podcast "HYPER RURAL" : https://podcast.ausha.co/hyperrural
Un podcast de Laetitia Carton, à la rencontre de ses voisins et voisines du Plateau de Millevaches, dans l'hyper-ruralité française, 7 habitants au Km2, à 750 m d'altitude.
A travers cette collecte de récits de vies se dresse le portrait en creux de la Montagne Limousine, terre d'accueil depuis toujours.
Pour aller plus loin sur le sujet de la culture, accédez également à un dossier documentaire avec de nombreuses ressources en ligne :
https://cra-limousin.centredoc.fr/index.php?lvl=cmspage&pageid=6&id_rubrique=1
Interview et dossier réalisé par Nicolas Roumiguières Documentaliste au CRA Limousin![]()
Journée mondiale de l'autisme 2024
Le CRA Limousin et l’ensemble de ses partenaires vous proposent un programme consacré à la thématique de “l’Autisme et de la Culture” dans le cadre de la journée mondiale de l’autisme 2024 qui aura lieu le mardi 2 avril.
Des manifestations sont prévues sur l’ensemble de notre territoire (Creuse, Corrèze, Haute-Vienne).
Retrouvez le programme et les lieux des expositions en cliquant ici
Toutes les informations sur la conférence “Autisme et accès à la culture” en cliquant ici
Les projections cinéma prévues en cliquant ici
Les animations complémentaires proposées par nos partenaires en cliquant ici
La participation aux Foulées Roses organisées par le journal “Le Populaire” en cliquant ici
Journal n°49 du CRA Limousin
Journal n°49 du CRA Limousin
Retrouvez l'actualité du CRA Limousin et les dernières informations concernant l'autisme.
Sommaire :
Dans ce journal, vous accédez :
- à l'éditorial d'Andréa Perrier, Directrice du CRA Limousin
- au programme complet des formations à venir 2024 portées par le CRA Limousin
- à la Nouvelle stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement : autisme, Dys, TDAH, TDI
- à de nombreuses ressources et documentation en ligne
Le journal du CRA Limousin relaie des actualités issues d’un travail de veille informationnelle dans le domaine du TSA. Les ressources mises à votre disposition ne visent pas l’exhaustivité et ne reflètent pas nécessairement l’opinion du CRA.
Consultez le dernier journal (n°49)
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Programme complet 2024 : formation/sensibilisation CRA Limousin
Programme complet 2024 : formation/sensibilisation CRA Limousin
Les formations présentées sont gratuites.
Les formateurs sont des professionnels du CRA formés au TSA et les partenaires du CRA Limousin.
Pendant ces journées, les participants bénéficieront d’une présentation théorique mais aussi d’échanges sur des situations concrètes.
Inscriptions et renseignements auprès du service formation du CRA
Téléphone : 05 19 76 17 25
Mail : formation.cralimousin@chu-limoges.fr
Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi de 9h00 à 17h00
Formation aidants CRA 2024 : Mieux vivre ma parentalité
Formation aidants CRA 2024 : Mieux vivre ma parentalité
Quand ?
Déroulé des séquences:
1 - Mardi 30 janvier
2 - Mardi 13 février
3 - Mardi 5 mars
4 - Mardi 19 mars
5 - Mardi 2 avril
6 - Mardi 30 avril
7 - Mardi 14 mai
La formation se déroule en 7 séquences de formation de 2h30 chacune. Les séquences sont indissociables et devront être suivies dans leur intégralité.
Où ?
La formation se tiendra sur le site du CHU de Limoges :
Salle 1 de l’hôpital Dupuytren 1.
2 avenue Martin Luther King - 87042 Limoges cedex.
Qui ?
Public concerné par la tranche d’âge des 0-12 ans : les parents, les grands parents, assistants familiaux…
Nombre de places limité à 14 personnes.
Objectifs généraux
- Me repositionner en tant que femme ou homme par rapport à l’autisme de mon enfant.
- Parvenir à prendre soin de moi et améliorer ma qualité de vie.
- Définir mes propres objectifs pour retrouver un équilibre.
La formation est gratuite.
Les formateurs sont des professionnels du CRA formés au TSA.
Chaque participant repartira avec de la documentation et un support.
Inscriptions et renseignements auprès du secrétariat du CRA.
Téléphone : 05 55 05 89 84
Mail : secretariat.cralimousin@chu-limoges.fr
Lancement du programme de formation ARIA pour mieux accompagner les personnes autistes
Lancement le 11 octobre du programme de formation ARIA (Accompagner, Repérer et Insérer les personnes Autistes) destiné aux professionnels accompagnant les personnes autistes. Cette formation est accessible en autoformation sur la plateforme d’appui à la professionnalisation conçue par l’Agefiph (https://appuipro.agefiph.fr). Elle est destinée aux conseillers des Missions locales et à tous les acteurs de l’entreprise, de l’emploi et de la formation pour enrichir leurs connaissances en matière d’accompagnement des parcours des personnes autistes.
L’accueil et l’accompagnement des personnes en situation de handicap au sein du service public de l’emploi est une préoccupation partagée par de nombreux acteurs. L’Union nationale des missions locales (UNML), l’Agefiph et la Fondation Orange se sont engagés dès 2021, avec l’appui du ministère du Travail, du Plein emploi et de l’Insertion et de la Délégation interministérielle à la stratégie pour l’autisme au sein des troubles du neurodéveloppement, à produire une réponse concertée en créant le programme ARIA (Accompagner, Repérer et Insérer les personnes autistes) initié par l’association régionale des Missions locales d’Ile-de-France (ARML) et un représentant du réseau Les entreprises s’engagent.
Après un pré-lancement et une phase de test, ce programme est désormais accessible en autoformation via la plateforme d’appui à la professionnalisation conçue par l’Agefiph. En lien avec la dynamique France travail et à compter d’aujourd’hui, les conseillers des Missions locales, mais aussi l’ensemble des acteurs de l’entreprise, de l’emploi et de la formation, pourront y enrichir leurs connaissances en matière d’accompagnement des parcours des personnes autistes.
Des ressources et un programme pilote pour une société plus inclusive
Le programme ARIA vise à mieux repérer les jeunes avec troubles du spectre autistique (TSA) et les accompagner vers l’emploi. Concrètement, il est organisé autour de deux parcours de formation : le premier est généraliste et le second plus approfondi sur la compréhension du fonctionnement autistique, de la démarche diagnostic et des dispositifs mobilisables. Chacun de ces parcours comprend des capsules vidéo pédagogiques ainsi que des séries de quiz. Un kit et un résumé des aides existantes sont également mis à disposition des employeurs pour les aider à comprendre pourquoi et comment recruter et accompagner des personnes avec autisme.
Lire la suite sur : https://www.agefiph.fr/espace-presse/tous-les-documents-presse/lancement-du-programme-de-formation-aria-pour-mieux?
Formation aidants CRA 2023 : le diagnostic de mon enfant de 0 à 10 ans
Formation aidants CRA 2023 : le diagnostic de mon enfant de 0 à 10 ans
Du mercredi 20 au vendredi 22 décembre 2023 au CHU Dupuytren 1, Salle 2, Avenue Martin Luther King, 87000 LIMOGES.
La formation est gratuite.
Les formateurs sont des professionnels du CRA formés au TSA. Pendant ces 2,5 jours vous bénéficierez d’une présentation théorique (avec des boîtes à outils notamment) mais aussi d’échanges sur des situations concrètes.
Chaque participant repartira avec de la documentation et un support.
Inscriptions et renseignements auprès du secrétariat du CRA.
Téléphone : 05 55 05 89 84
Mail : secretariat.cralimousin@chu-limoges.fr
Public concerné par la tranche d’âge des 0-10 ans : les parents, les grands parents, les fratries, les oncles/tantes, les amis proches majeurs...
Journal n°48 CRA Limousin
Le journal n°48 du CRA Limousin vient de paraître.
Pour le consultez, cliquer ici
A la une:
- la présentation du Dispositif d'Autorégulation (DAR) du collège Maurice Genevoix de Couzeix
- les programmes de nos prochaines formations aidants portés par le CRA Limousin
- de nombreuses ressources et informations à découvrir
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Le journal du CRA Limousin relaie des actualités issues d’un travail de veille informationnelle dans le domaine du TSA. Les ressources mises à votre disposition ne visent pas l’exhaustivité et ne reflètent pas nécessairement l’opinion du CRA.
Bonne lecture
Le CRA Limousin présente le Dispositif d'Autorégulation
Le Dispositif d'Autorégulation (DAR)
du collège Maurice Genevoix de Couzeix (87)
- Temps de lecture : 7 min
La stratégie nationale pour l'autisme au sein des Troubles du Neuro-Développement (TND) a inscrit au cœur de son engagement n°3 la scolarisation des jeunes autistes. Ce droit à la scolarisation se matérialise grâce à une diversité de réponses et de dispositifs répondant précisément aux besoins des enfants et des adolescents. Parmi ces réponses, le déploiement des dispositifs d'autorégulation (DAR).
Implantés au Canada depuis plus de vingt ans par Stéphane Beaulne, chercheur clinicien et Professeur à l’Université de Nipissing, les DAR sont présents en France depuis 2016. En 2022, le point d'étape de la mise en œuvre de la stratégie nationale en recense 33 et pour cette rentrée scolaire 29 nouvelles ouvertures sont prévues.
A qui s'adressent ces dispositifs ? Quelles sont leurs spécificités et quels sont leurs modes opératoires ?
Avec la création du tout premier dispositif national à l'école de Saint-Germain-les-Vergnes (19), les DAR sont bien représentés sur le territoire de l'ex région Limousin (voir le recensement de ces dispositifs sur notre site). Nous avons pu observer celui porté par l'Association APF France handicap au collège Maurice Genevoix de Couzeix (87) qui accueille des élèves autistes et/ou porteurs d'autres troubles du neurodéveloppement. C'est en s'appuyant sur l'expertise de ces professionnels que le CRA Limousin souhaite répondre à ces questions.
Un projet inclusif et fédérateur
Historiquement à la pointe de l'inclusion, le collège Maurice Genevoix bénéficie de la proximité de l'Institut d'Education Motrice (IEM) de Couzeix porté par l'Association APF France handicap. Déjà doté d'Unités d'Enseignements Externalisées (UEE) et d'Unités localisées pour l'inclusion scolaire (Ulis), l'établissement a vu son offre de scolarisation s'enrichir d'un dispositif d'autorégulation depuis la rentrée 2022.
Initialement nous aurions dû ouvrir en septembre 2021 mais la mise en place effective n'a pu se faire qu'à la rentrée suivante. Nous avons dans un premier temps accueilli trois élèves : deux en 6ème et un autre déjà scolarisé qui passait en 5ème. Cette année nous avons trois nouveaux arrivants en 6ème. Nous allons progressivement étendre notre capacité d'accueil à dix places. Nous sommes un DAR qui s'adresse aux élèves ayant un Trouble du Neuro-Développement (TND). Nous pouvons donc accueillir d'autres enfants que des autistes même si pour cette deuxième année de fonctionnement ils composent en très grande partie nos effectifs.
Amandine ORIOL (coordinatrice du pôle d'appui médico-sociale pour la scolarisation)
Pour accueillir ce public et intégrer ce nouveau dispositif, un temps de formation de l'ensemble du personnel est imposé par le cahier des charges.
Avant l'ouverture nous avons bénéficié d'une formation sur cinq jours pour laquelle l'ensemble des intervenants du collège étaient conviés, pas uniquement ceux du DAR. J'ai été très agréablement surprise car beaucoup d'entre eux étaient présents pour comprendre en quoi consistait le dispositif, comment il se différenciait des autres et quelle était sa philosophie.
Pour les professionnels détachés de l'APF, nous avons également pu compléter notre formation initiale par l'obtention d'un Certificat National d'Intervention en Autisme (CNIA), formation réalisée sur une année, nous permettant d'acquérir une vraie expertise dans l'autisme, ce qui nous sert énormément sur le dispositif.
Aude MAZAUD (éducatrice spécialisée)
L'équipe du DAR se compose de deux enseignantes d'autorégulation, de deux éducateurs à temps plein et d'une ergothérapeute qui intervient deux jours par semaine. D'autres professionnels du médico-social peuvent également être sollicités selon les besoins des élèves.
Amandine ORIOL (coordinatrice du pôle d'appui médico-sociale pour la scolarisation).
La mise en place des DAR ne peut se faire sans que l’ensemble de la communauté éducative ne soit formée et partie prenante. Une réelle émulation autour d’un travail collaboratif entre l’équipe médico-sociale et pédagogique doit avoir lieu pour coopérer et coordonner les actions au quotidien.
La diffusion progressive de l'autorégulation à l'ensemble du fonctionnement du collège
Porté par le chercheur québécois Stéphane Beaulne, l'autorégulation peut se définir comme :
"la capacité qu'à un élève de pouvoir gérer des situations, qu’elles soient sociales, émotionnelles ou cognitives, de façon autonome. Ce qui veut dire pour lui être capable de choisir, de s’engager sur le plan comportemental" (voir la vidéo explicative du concept).
Ce processus par lequel les enfants vont apprendre à maîtriser leurs pensées, leurs comportements et leurs émotions se travaille dans un espace dédié au sein de l'établissement, la salle d'autorégulation. Scolarisés dans une classe ordinaire, les élèves relevant de ce dispositif ont aussi des temps planifiés dans la salle d’autorégulation pour travailler des prérequis et être en réussite. Les séances sont individuelles ou en petits groupes. Elles se déroulent autour d'activités d’entraînements à l’autorégulation et d’anticipation sur les apprentissages et conduites à tenir dans les différents lieux de l'école (classes ordinaires, cantine, cours de récréation...).
L'aide qui est apportée par les intervenants doit générer plus d'autonomie que de dépendance. L’objectif étant de faciliter la réussite dans la classe de référence.
Les temps qui sont passés dans la salle d'autorégulation sont planifiés. Le collégien vient lors des études ou lorsqu'un professeur est absent. La salle n'est pas un lieu d'isolement. Ce n'est pas parce qu'un élève a des troubles du comportement à un moment donné qu'il doit y venir. Cette salle ne doit pas être identifiée comme telle, ni par les élèves ni par les professeurs. A ce jour, nous n'avons pas eu à l'utiliser comme zone de repli.
Notre travail repose autour d'objectifs fixés préalablement par les Projets Personnalisés de Scolarisation (PPS). Ces projets sont élaborés en concertation avec les familles, les enseignants et les élèves eux mêmes. Le temps passé en salle d'autorégulation peut servir à des évaluations fonctionnelles ou comportementales qui permettront de revoir en cours d'année les objectifs du PPS et de mesurer les progrès réalisés.
Doriane JACQUET (ergothérapeute)
"Grâce à la pédagogie explicite, nous mettons l'accent sur l'apprentissage par la pratique. Nous travaillons beaucoup les fonctions exécutives afin que les élèves soient capables d'agir de façon organisée pour répondre aux demandes qui leurs sont faites. Cela passe par la planification des tâches, la mise en place de séquentiels ou l'utilisation de supports permettant d'améliorer la simple communication orale de consignes. Nos supports peuvent être repris en classe de référence et utilisés par la communauté éducative. Nous n'intervenons pas directement dans la pédagogie de la classe mais ce qui est développé au sein du DAR peut être diffusé à l'ensemble du collège.
Pour donner un exemple, les élèves du DAR peuvent avoir des compétences sociales assez limitées. Pourtant celles-ci sont très sollicitées à l'adolescence dans un lieu fort de socialisation comme le collège. Ils ont donc un réel besoin d'apprentissage dans ce domaine. Nous avons donc créé des groupes d'habiletés sociales que nous avons progressivement ouvert aux autres élèves du collège. Il s'est avéré que les élèves les plus en difficulté n'étaient pas toujours ceux du DAR. Ces compétences ayant été travaillées en amont, ils ont pu à certains moments être des éléments moteurs et porteurs de solutions pour l'ensemble du groupe".
Aude MAZAUD (éducatrice spécialisée)
Orientations et perspectives
La mise place de ce dispositif et de cette salle d'autorégulation correspondent aux besoins et aux profils de certains enfants. Le DAR ne peut convenir à tous les élèves. Il est un élément complémentaire aux autres dans la diversité de l'offre de scolarisation. Dès l'école primaire, il demande un important travail de repérage et d'orientation de la part des équipes éducatives en concertation avec les familles. L'orientation est proposée par l'enseignant référent. Elle fait l'objet d'une notification de la part de la MDPH. Les choix qui dictent ce parcours s'appuient sur des évaluations et l'acquisition de compétences dans différents domaines : cognition, langage, motricité, attention... Des compétences et des niveaux qui peuvent s'avérer être extrêmement hétérogènes dans le trouble du spectre de l'autisme.
"Nous avons eu des retours de la part de parents et de professionnels qui ne comprenaient pas pourquoi certains élèves n'étaient pas dans le dispositif ? Ou pourquoi d'autres ne bénéficiaient que du "simple" soutien d'un(e) AESH ? Nous devons réexpliquer les critères d'orientation, le travail réalisé et tenir compte du nombre de professionnels et de places limitées dont nous disposons. Nous devons aussi prendre en considération la question des transports et la fatigabilité occasionnée en raison du lieu de résidence de l'élève".
Amandine ORIOL (coordinatrice du pôle d'appui médico-sociale pour la scolarisation).
"Nos premiers retours sont très positifs. Les familles nous ont dit voir la différence. Elles ont noté de réels progrès dans les compétences de leur enfant. Les ressentis se font jusqu'à leur domicile et dans les activités quotidiennes, même celles en dehors du cadre scolaire".
Aude MAZAUD (éducatrice spécialisée)
"Ce qui est extrêmement encourageant c'est que nous notons une amélioration générale de l'ensemble des élèves et pas uniquement ceux du DAR".
Doriane JACQUET (ergothérapeute)
Ce volonté d'intégrer le dispositif d'autorégulation dans le projet d'établissement, de former la communauté éducative, de rapprocher les services de l'école et du médico-social, de décloisonner les processus d'apprentissage témoignent de l'adaptation et de la volonté d'inclure tous les élèves en fonction de leur besoin de la part de l'APF France handicap avec son partenaire, le collège Maurice Genevoix de Couzeix.
Quelques ressources disponibles pour aller plus loin
ALIN Christian. Un dispositif d'autorégulation pour les enfants TSA, le DAR : des textes au terrain... In La lettre d'autisme France 91 (août 2022). p. 14-19. Disponible au centre de documentation du CRA Limousin. : https://cra-limousin.centredoc.fr/index.php?lvl=notice_display&id=3468 (consulté le 21/09/2023).
Ministère des Solidarités et des familles. Les dispositifs d'autorégulation [en ligne]. 2022. Disponible sur : https://handicap.gouv.fr/les-dispositifs-dautoregulation (consulté le 21/09/2023).
Ministère des Solidarités et des familles. Autisme et TND : tout savoir sur la rentrée ![en ligne]. 2023. Disponible sur : https://handicap.gouv.fr/autisme-et-tnd-tout-savoir-sur-la-rentree (consulté le 21/09/2023).
PEP 87. Entretien sur l'autorégulation avec le Dr. Stéphane BEAULNE [en ligne]. 2021 (vidéo 6.35 minutes). Disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=8x5dx4W1YOs (consulté le 21/09/2023).
Ressources Ecole Inclusive. Posters : le dispositif d’AutoRégulation (DAR) [en ligne]. 2021. Disponible sur : https://ressources-ecole-inclusive.org/posters-le-dispositif-dautoregulation-dar/ (consulté le 21/09/2023).
Rédigé par Nicolas Roumiguières - Documentaliste au CRA Limousin
Formation aidants CRA 2023 : Le trouble du spectre de l'autisme avec trouble du développement intellectuel (Adolescents/Adultes)
Formation aidants CRA 2023
Le trouble du spectre de l'autisme avec trouble du développement intellectuel (Adolescents/Adultes)
Où et quand ?
Du mercredi 22 au vendredi 24 novembre 2023
au Lycée Pierre Bourdan 19 place Molière, 23000 GUERET
Objectifs généraux :
Favoriser la rencontre et les échanges.
Connaître les signes cliniques du TSA.
Aider les proches aidants à mieux comprendre les particularités cognitives, sociales, etc.
Savoir adapter le quotidien
Infos complémentaires :
La formation est gratuite.
Les formateurs sont des professionnels du CRA ainsi que des intervenants extérieurs.
Pendant ces trois jours vous bénéficierez d’une présentation théorique mais aussi d’échanges sur des situations concrètes.
Chaque participant repartira avec de la documentation.
Public concerné : les proches aidants d’une personne diagnostiquée TSA avec trouble du développement intellectuel, âgée d’au moins 14 ans : conjoints, parents, grands parents, fratries, amis proches, assistants familiaux, et tout membre de la famille.
Inscriptions et renseignements auprès du secrétariat du CRA.
Téléphone : 05 55 05 89 84
Mail : secretariat.cralimousin@chu-limoges.fr












